Les botteresses peuvent revenir à Spa… leur sentier est à nouveau Praticable !

Il était grand temps. Les buissons y enchevêtraient leurs branches, les ronces poussaient leurs tentacules au travers du chemin, c’était à en laisser choir sa hotte de désespoir ! Heureusement, l’autre samedi, une dizaine de Spadois soucieux de préserver leur patrimoine ont retroussé leurs manches. On ne sera pas surpris d’apprendre que le gros de l’équipe était fourni par l’Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Spadois, qui ne pouvait négliger cette belle occasion de justifier sa raison sociale. Chacun a donc empoigné taille haies ou cisailles et, en une bonne heure de temps, tout est rentré dans l’ordre. Si bien que, pour terminer la matinée en beauté, ils ont, dans la lancée, nettoyé également le vieux chemin de Winamplanche voisin, ouvrant ainsi à nouveau au promeneur un itinéraire bucolique à souhait, dont on ne peut que recommander chaudement la découverte, et qui mériterait cent fois de figurer au palmarès des circuits balisés par l’Office du Tourisme.

Chemin parcouru est déjà à moitié entretenu !

Peut-être n’est il pas inutile de rappeler en quelques mots qui étaient ces botteresses, et expliquer ce que ces Liégeoises venaient faire à Spa ? Le « Dictionnaire Liégeois » de Jean Haust nous apprend que -. boterèsse, botrèsse, en français botteresse, hotteuse, se dit d’une femme qui porte la hotte, fait la messagère ; qu’elle se servait d’un baston d’bot pour y appuyer sa hotte lorsqu’elle s’arrêtait ; enfin que fé come lès botrèsses signifie prendre la voie la plus courte, ce qui était bien le cas ici, à l’époque où la route de la vallée (créée en 1768) n’existait pas encore. Quant aux raisons de leurs visites, croyez bien que ce n’était pas uniquement pour venir cfa’ter come ine boterèsse – ce qui se disait des buveurs invétérés de clapant café … mais bien pour y pourvoir aux besoins alimentaires de ceux qui séjournaient au « Café de l’Europe » pour y boire … l’eau des pouhons, entre autres …

Maurice Ramaekers, auteur d’un passionnant ouvrage sur « La voirie ancienne de la région de Spa » (tiré à part du bulletin « Histoire et Archéologie spadoises – 03-09-12/80 ; 03-09/81), nous donne les précisions suivantes, concernant le tracé du sentier (à ne pas confondre avec la voirie située plus au sud, et baptisée « Chemin des botteresses » – alors qu’elle ne se trouve pas sur l’itinéraire décrit ci-dessous) : « Partant de la rue Albin Body, le sentier des botteresses obliquait à droite de la chapelle le Loup pour suivre un itinéraire toujours indiqué au plan de 1840 mais qui a disparu jusqu’à la Fagne Raquet, selon toute vraisemblance lors de la création de la ligne de chemin de fer. Une servitude de passage existait il y a quelques années encore à l’entrée du bâtiment administratif de la société Spa-Mononole. A partir de la Fagne Raquet, sur la rive gauche du Wayai et au Sud de la voie ferrée allant à Marteau, le sentier des botteresses existe encore par l’ancien moulin à eau au pont de Marteau sur l’Eau Rouge. Sur le territoire de La Reid, la dénomination de chemin des botteresses est donnée à l’itinéraire menant à la ligne de crête de Ménobu. A cet endroit, ces pauvres femmes pouvaient faire halte pour se nourrir. Un appui-dos permettait de s’alléger de leur lourde charge sans la déposer sur le sol pendant leur frugal repas. le nom de sentier des botteresses réapparaît à Louveigné sur un chemin qui, en fait, raccourcit la route à travers le territoire de Louveigné. »

Dans l’immédiat, le souhait des  » cantonniers du samedi  » serait de signaler à l’attention des promeneurs la partie spadoise du sentier qu’ils viennent de rouvrir. L’Echevin de l’Environnement nous dit être favorable à ce projet, qui pourrait être étendu à d’autres chemins anciens, dont notre commune n’est pas avare. On nous a déjà signalé d’autres chemins à l’abandon … On en reparlera certainement.

R. Houart

Sachez qu’au siècle dernier, on connaissait encore à Spa une botteresse : Fifine Dequinze. Madame Dequinze transportait chaque jour des bouteilles d’eau de Spa jusqu’à Verviers. Elle était chargée comme une mule et faisait le trajet tous les jours, sauf le dimanche. Chaque trajet lui prenait environ trois heures et demie, soit 7 heures de marche par jour !

Les botteresses portaient les fameuses "culottes fendues" qui leur permettaient d'uriner debout sans devoir enlever jupes et jupons.

Les botteresses portaient les fameuses « culottes fendues » qui leur permettaient d’uriner debout sans devoir enlever jupes et jupons.

"La botteresse pisseuse" qui représente une botteresse se tenant jambes écartées au-dessus d'un caniveau

« La botteresse pisseuse » qui représente une botteresse se tenant jambes écartées au-dessus d’un caniveau

Pour l’anecdote, sachez que les botteresses portaient les fameuses « culottes fendues » qui leur permettaient d’uriner debout sans devoir enlever jupes et jupons. Il existe d’ailleurs, une petite statuette en bronze, appelée communément « La botteresse pisseuse » qui représente une botteresse se tenant jambes écartées au-dessus d’un caniveau.

Pour en savoir plus au sujet des botteresses, ne manquez pas de vous procurer « La Botteresse et le portage en Wallonie » aux éditions ARC et de visiter le musée de la lessive à Spa.


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