Le barrage du Wayai

1891 : Construction du barrage du Wayai et du déversoir du futur lac de Warfaaz. A gauche, la maison appartenant aux enfants d’Auguste Bodeux-Rener  (photo collection Musées de la Ville d’eaux-Spa)

1891 : Construction du barrage du Wayai et du déversoir du futur lac de Warfaaz. A gauche, la maison appartenant aux enfants d’Auguste Bodeux-Rener (photo collection Musées de la Ville d’eaux-Spa)

Le jeudi 31 décembre 1885, le Conseil communal de Spa décida de créer une commission ayant pour but l’étude d’un réseau d’égouts pour la cité thermale et dans la foulée la nécessité d’avoir une réserve d’eau située sur le Wayai. Ce réservoir devait avoir 3 fonctions : fournir de l’eau en suffisance durant les périodes où la pluie faisait défaut afin d’assurer le nettoyage permanent des égouts et l’arrosage des rues (à cette époque et jusque dans les années 1920, les équipages et attelages étaient hippomobiles, ce qui engendrait de nombreux crottins sur les voiries), réguler l’eau du Wayai afin d’éviter les inondations qui avaient eu lieu auparavant à de nombreuses reprises et enfin servir de zone de détente (canotage, pêche, fêtes nautiques, …) pour les villégiateurs. Cette commission déposa son rapport le samedi 12 novembre 1887 et le projet fut adopté le lundi 12 décembre 1887. L’autorisation de mise en adjudication des travaux du barrage fut donnée le jeudi 3 juillet 1890.

Cette réserve d’eau, située sur le Wayai à deux kilomètres en amont de la ville de Spa, prit le nom du lieu-dit où elle fut établie. La construction du lac de Warfaaz, anciennement Warfaz ou Warfa (appelé également le barrage du Wayai), a été achevée fin mai 1892. Selon le rapport communal de 1891-1892, le coût des travaux, réalisés par les entrepreneurs E. Houssa-Tricot et C. Collard, a été estimé à 102.422,62 francs ; l’acquisition à l’amiable ou par expropriation des différentes parcelles cadastrales concernées par le projet a coûté 62.783,52 francs ; les frais de projet et de surveillance représentaient 7.002,69 francs ; le coût total du barrage du Wayai s’élevait à 172.208,83 francs.

1891 : Site du lac de Warfaaz. Au centre, le lit du Wayai.  A droite, la maison appartenant aux enfants d’Auguste Bodeux-Rener, déjà visible sur la photo précédente  (photo collection Musées de la Ville d’eaux-Spa)

1891 : Site du lac de Warfaaz. Au centre, le lit du Wayai. A droite, la maison appartenant aux enfants d’Auguste Bodeux-Rener, déjà visible sur la photo précédente (photo collection Musées de la Ville d’eaux-Spa)


Plusieurs propriétaires spadois et sartois furent concernés par ces acquisitions à l’amiable ou par expropriation (principalement des prairies et autres terres, toutefois une maison, située non loin du barrage, en fit également partie). Parmi ces propriétaires, on peut citer : pour la maison et les parcelles avoisinantes : les enfants d’Auguste Bodeux-Rener ; pour les autres terrains : le douanier Louis Baudrez-Bertrand, le cultivateur Auguste Remacle-Defossé, le cultivateur Léon Gernay-Prince, l’architecte Armand Lezaack, le cultivateur Pierre Gerlaxhe-Jérôme, le cultivateur Pierre Sody-Michel, le cultivateur Henri Gerlaxhe-Gernay, le cultivateur Edouard Pironet, …
 Août 1893 : Extrémité « Est » du lac de Warfaaz, vu de la colline de Balmoral (photo collection Luc Baronheid)

Août 1893 : Extrémité « Est » du lac de Warfaaz, vu de la colline de Balmoral (photo collection Luc Baronheid)


La superficie du lac de Warfaaz est de 6 hectares, sa profondeur varie de 1,5 à 8,5 mètres et sa capacité est de 360.000 m3. Le barrage a une longueur de 110 mètres et une hauteur de 11 mètres. Le lac se situe à l’altitude de 295 mètres.

Malheureusement, en 1892 et 1893, une grande sécheresse sévit sur la région si bien qu’il fallut plus d’une année pour remplir le lac ; il fut inauguré le samedi 21 juillet 1894, jour de la fête nationale. A cause de cette sécheresse, le lac-réservoir de Warfaaz, au début tout au moins, n’a pas répondu aux attentes en matière d’hygiène. Le rapport communal de 1892-1893 fait en effet état de l’insuffisance des chasses d’eau du lac pour nettoyer les voûtes du Wayai dans la traversée de la ville. Quelques années plus tard, une canalisation en fonte d’une longueur de plus de 2 km sera construite afin d’amener les eaux du lac pour laver les égouts et arroser les voiries de la cité thermale.

1920 : Le lac de Warfaaz et son embarcadère situé non loin du barrage, côté colline de Balmoral

1920 : Le lac de Warfaaz et son embarcadère situé non loin du barrage, côté colline de Balmoral


Le premier appel d’offre pour l’exploitation touristique du lac de Warfaaz a été remporté par Edouard Gubbelmans, menuisier-cafetier, qui s’engagea à payer 500 francs les trois premières années et 1000 francs les années suivantes. Le contrat signé avec la Ville de Spa l’obligeait à remplir les fonctions de barragiste et de surveillant du site.

Dans les années 1970, la société Spa Monopole, en pleine expansion, a un besoin croissant d’eau pour le rinçage des bouteilles en verre. Or pendant la sécheresse de l’été 1976, cette eau leur fit cruellement défaut, le lac était presque à sec. Il faut savoir que depuis des lustres, une épaisse couche de vase en réduisait fortement la capacité. Pour éviter que cette situation se reproduise, des travaux d’assainissement du site (coût +/- 57 millions de francs) sont planifiés. Commencés en avril 1979, ils s’achèvent début juillet de la même année, 130.000 m3 de vase et de boue sont évacués.

1976 : Année de grande sécheresse, le lac est presque à sec

1976 : Année de grande sécheresse, le lac est presque à sec

A l’entrée du Wayai dans le lac, un bac de décantation avec grilles filtrantes a été construit pour retenir les boues et les déchets charriés par le Wayai afin d’éviter l’envasement du plan d’eau. Mais, depuis plusieurs années, la société minéralière spadoise ne prélève plus l’eau du lac et par conséquent n’entretient plus le système de décantation. Spa Monopole et la Ville de Spa sont en désaccord sur le sujet et la propreté du lac s’en ressent, l’envasement augmente d’année en année au détriment du volume d’eau.
Ces mercredi 14 et jeudi 15 juillet 2021, suite à de fortes précipitations, le centre de Spa, comme celui de beaucoup d’autres localités wallonnes, est inondé. C’est la deuxième fois en trois ans que le Wayai sort de son lit en de nombreux endroits.
Toutefois, même si à cause du réchauffement climatique, ces trombes d’eau se produisent plus souvent, ce phénomène météorologique n’est pas nouveau. En effet, dans la nuit du jeudi 12 au vendredi 13 juillet 1979, de violents orages s’abattent sur la région. En 36 heures, le lac, qui venait d’être curé, est rempli. A Spa, on a frôlé la catastrophe.

Dans les pages du journal Le Jour, on trouvait ces quelques lignes :
« Le lac de Warfaaz s’étant rempli en 36 heures, imagine-t-on le terrifiant mur d’eau qui en aurait résulté, si, le 13 juillet, il avait été rempli. Quelque 300.000 m3 qui auraient vite fait de noyer le déversoir impuissant à engloutir ce subit afflux liquide lequel, franchissant par-dessus le barrage, aurait rapidement dévasté toute la vallée. Quoique l’on dise, la menace d’inondation demeure réelle. Demain ou beaucoup plus tard. Souhaitons évidement qu’elle ne se produise jamais. … L’avertissement du 13 juillet ne doit pas être négligé. On connaît l’adage : Passé le danger on ignore le saint invoqué pour l’éviter. Solution de facilité certes. Aux édiles, aux membres du conseil d’administration d’Inter Cours d’Eau d’examiner valablement ce qu’il y a lieu d’entreprendre » !

Malheureusement, depuis lors rien n’a été fait et le scénario catastrophe vient d’avoir lieu pour la deuxième fois en trois ans, heureusement sans victime pour notre localité.

Juin 1979 : Travaux d’assainissement du lac de Warfaaz (photo collection Marcel Decerf) 130.000 m3 de boue et de vase ont été évacués par camions à Troisfontaines près de Tiège

Juin 1979 : Travaux d’assainissement du lac de Warfaaz (photo collection Marcel Decerf)
130.000 m3 de boue et de vase ont été évacués par camions à Troisfontaines près de Tiège


Au vu de ces deux dernières inondations, ne devrait-on pas se souvenir qu’un des buts de la réalisation du lac de Warfaaz était de réguler la rivière fagnarde et ses affluents. Sachant que les crues importantes du Wayai se déroulent souvent durant les mois de juillet et novembre, ne faudrait-il pas, en fonction des prévisions météorologiques, vider une partie du lac (en permanence au niveau maximum) afin qu’il soit prêt à recueillir les eaux de ces pluies torrentielles. Cela sous-entend bien entendu que le déversoir devrait être équipé d’un système de vidange efficace et que le lac soit à nouveau nettoyé afin de récupérer sa capacité maximale.

Jean Lecampinaire

Sources : La petite histoire du village de Nivezé (André Hans – 2011 – Comité culturel de Sart-Jalhay et Réalités) / Rue et Promenades de Spa (Georges-Emile Jacob – 1983 – Editions culture et civilisation) / Site web de Réalités


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