Les Bouweresses

Les lavoirs étaient un des centres d’animation des quartiers; on y travaillait, mais ils donnaient aussi la possibilité de se retrouver de bavarder. C’était l’endroit où toutes les nouvelles se colportaient. Les femmes qui fréquentaient ces lieux étaient appelées BOUWERESSES.

Pour nous faire revivre cette époque (jusque 1930), nous avons rencontré Mme Peeters et M. Bruyère qui ont vécu dans l’entourage des Bouweresses.

Mme Peeters a bien connu des Bouweresses qui effectuaient leur travail dans la cour André, près de la rue du Marché. Habitant dans cette cour entre 1914 et 1922, Mme Peeters, à l’époque petite fille, côtoyait 3 blanchisseuses, 3 sœurs, Mmes Remacle, Sente et Frich qui y effectuaient leur travail. Elle nous raconte comment se déroulait la travail de ces femmes.

Après avoir fait cuire le linge dans un chaudron en cuivre, elles le lavaient dans un cuveau en bois avec une planche. Déjà à cette époque, elles disposaient d’une « machine à laver » primitive, sorte de cuve en bois surmontée d’une tige avec plusieurs branches et que l’on agitait. Cette machine permettait de « doser le travail »; pour du linge très sale, il fallait environ 100 coups, un linge moins sale n’en nécessitait que 80.

Ainsi entendait-on dans la cour la Bouweresse lancer : « Pour le linge de chez … vous battrez 100 coups. »

Le linge toujours rempli de savon était alors mis à curer au verger, dans le Parc de 4 Heures, avant le rinçage au Bac. Emplissant de linge de grandes mannes d’osier qu’elles plaçaient sur une charrette, les femmes se rendaient alors au lavoir de  » l’hôtel de ville  » ou à celui du temple anglican, rue Sylvela moins fréquenté.

Elles bouchaient le bac avec un essuie sur lequel on plaçait un gros caillou.

Généralement, il y avait deux bacs, l’un où l’on réalisait un gros rinçage et puis l’on passait à l’autre pour faire la dernière finition.

Le lavoir était très occupé, il y avait souvent du monde, au point que les ménagères s’arrangeaient toujours pour envoyer un enfant afin de voir si la place était libre. Les lundis et mardis étaient particulièrement animés car les Bouweresses effectuaient le lavage en début de semaine pour apporter au client le linge repassé le samedi. Il semble bien que toute leur semaine était ainsi programmée.

Le lavoir était bien entendu un lieu fort animé, il fallait attendre son tour et cela permettait la causette bien que ces femmes n’avaient guère le temps de flâner. Parfois aussi, éclataient de petites disputes quand, par exemple, l’une d’entre elles oubliait sa boule de bleu (pour blanchir le linge) sur le bord du lavoir, ce qui provoquait des taches.

Ensuite, les Bouweresses replaçaient le linge dans leur manne et regagnaient leur domicile. On aurait d’ailleurs pu les suivre à la trace, tellement leur brouette dégoulinait d’eau.

Après l’amidonnage des cols et des tabliers, commençait le repassage. Les dames utilisaient des fers à platine. Ce sont de hauts fers creux en fonte dans lesquels on introduisait une petite platine qui avait été préalablement rougie au feu.

L’une des femmes était spécialisée dans le repassage des cols glacés à pointes. Elle notait quotidiennement dans un petit carnet le nombre de cols réalisés …

Elle devait en compter des milliers pour une année de travail. Ces cols étaient très difficiles à repasser et l’on utilisait un petit fer à talon recourbé.

Les Bouweresses de la cour André travaillaient essentiellement pour des particuliers. En plus des cols de chemises d’hommes et des draps de lit, elles lavaient le linge de l’Eglise. Ce travail était important, car à cette époque, les prêtres utilisaient beaucoup d’aubes dans leurs cérémonies liturgiques. (Il fallait d’ailleurs les plier d’une manière toute particulière).

Le Docteur Guillaume était également un de leurs clients.

Selon Mme Peeters, les Bouweresses ont exercé leur profession jusqu’en 1930. Par contre, les lavoirs publics ont été utilisés encore longtemps par les ménagères puisqu’elle même allait encore rincer son linge place de l’Abattoir vers 1950.

Il est bien dommage, nous dit-elle, que ces témoins de la vie quotidienne de nos parents et grands-parents disparaissent les uns après les autres !

LE LAVOIR DE LA RUE SYLVELA

M Bruyère nous retrace l’ambiance qui régnait dans la rue Sylvela et plus particulièrement autour de son lavoir.

Avant la 1ère guerre, la rue Sylvela s’appelait  » rue des Malheureux  » car des familles nombreuses et modestes y louaient de petites maisons à bas prix.

Certains commerces y avaient cependant élu domicile. Face à la fontaine, au centre de la rue, se trouvait un magasin où l’on vendait de tout : légumes, ustensiles ménagers, linge… A côté, M Noirhomme tenait un débit de boissons. Un peu plus loin, c’était une forge où l’on pouvait voir ferrer les chevaux. A hauteur de la cour David, des jambons pendaient à la fenêtre du boucher-charcutier.

A cette époque, les frigos n’existaient pas, des lampadaires au gaz éclairaient la rue et l’allumeur de réverbère passait tous les soirs. On fabriquait du gaz à Spa, à partir de houille.

La fontaine publique, siège d’une grande animation, était constituée de deux bacs de pierre et d’un abreuvoir pour les chevaux. Dès 5H du matin et parfois jusqu’à 23H, 7 jours sur 7, les bouweresses venaient y faire tremper leur linge. Eté comme hiver, l’eau provenant du Lac de Warfaaz coulait. Lorsqu’il faisait trop froid, on la chauffait dans de grandes bassines.

Chaque bouweresse attendait son tour à la fontaine sans problème. Le linge lavé au savon vert et à la brosse, était transporté dans de grandes brouettes. A la belle saison, il séchait dans les prés et vergers ; en hiver, c’était au grenier ou dans la cuisine, sur des séchoirs en bois. Pour repasser , les dames utilisaient des fers à braises, puis vers 1924, des fers électriques. Les draps en coton, étaient repassés à la cylindreuse. Plus tard, l’apparition des essoreuses a allégé la tache des lavandières, qui étaient des professionnelles comme Mme Englebert qui occupait plusieurs personnes. D’autres pratiquaient ce métier en famille. Ainsi, la grand-maman de M. Bruyère lessivait tandis que la maman repassait.

La clientèle se composait tant de particuliers que d’hôteliers. Les rapports étaient très bons.

Lorsqu’on a installé l’eau courante vers 1914, les dames ont commencé à lessiver à domicile, dans une grande baignoire alimentée par un robinet. Le lavoir n’avait donc plus de raison d’être et il a été supprimé à cause du danger qu’il représentait pour les enfants qui aimaient y jouer. On peut encore apercevoir l’emplacement des bacs, (un trou) dans le mur qui longe le GB.

Plus d’infos : Le musée de la lessive.

Nous remercions Mme Peeters, M. Bruyère et M. Bouchoms pour leur aimable collaboration.

Dominique Gelin, Pol Jehin.


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