Le Waux Hall : Interview de Frank Gazzard Par Gaëtan Plein

Gaëtan Plein : Bonjour Frank .Tu portes beaucoup de casquettes, rappelons pour les Spadois récemment établis, quel est ton métier, ton parcours et ton engagement ?

Sur le plan professionnel, je suis ingénieur en construction au bureau d’études Greisch à Liège. J’ai la chance d’y travailler depuis plus de 20 ans. Ce bureau s’occupe de grands projets de construction comme actuellement la construction du nouvel hôpital du CHC à Liège. Je suis en ce moment occupé à 100 % sur ce projet en tant que responsable des études du gros-œuvre. Depuis 1998, je m’investis avec passion pour les projets de développement de la commune. D’abord au travers d’associations de défense du patrimoine, ensuite, complémentairement, je me suis lancé en politique. Je suis mandataire communal depuis 2007. J’ai l’ambition d’agir pour faire progresser Spa au travers des deux modes d’actions : associatif et politique.

En quoi le Waux-Hall, un bâtiment sans doute moins connu que, par exemple, le parc de Sept heures, est-il si important pour la ville ?

Il est clairement le bâtiment le plus important historiquement pour Spa. Il est en effet le dernier témoin comme maison d’assemblée toujours existant de l’âge d’Or de Spa, c’est-à-dire le 18e siècle. A cette époque, lorsque Spa était la destination en vogue des curistes fortunés européens, ce même Waux-Hall était là pour les recevoir comme il se doit. Il y avait aussi deux autres maisons d’assemblées mais elles n’existent plus. Ce n’est donc pas par hasard qu’il est repris comme bâtiment classé mais aussi comme bâtiment du patrimoine exceptionnel de Wallonie.

Peux-tu évoquer les grandes étapes chronologiques de ce bâtiment illustre ?

Le Waux-Hall est probablement le bâtiment de Spa qui a eu le plus d’affectations différentes. En activité dès la saison de 1770, il propose aux nombreux bobelins jeux, bals, concerts, feux d’artifice en tant que maison de jeux et d’assemblées. Sous l’occupation française de 1794, le Waux-Hall est utilisé comme hôpital militaire français pour les vénériens. Les jeux ne reprennent qu’en 1801. La prospérité revient progressivement, sans toutefois atteindre les sommets d’antan. En 1858 est décidé de donner le «vieux Waux-Hall» avec ses dépendances à la commune de Spa. Ce dernier va dès lors servir à de multiples usages: «lieu d’exposition permanente des Beaux-Arts pendant la saison» dans le corps central et pièce réservée au culte anglican dans l’aile en retour d’équerre. En 1862, en raison de l’insuffisance des locaux affectés aux écoles primaires de Spa, l’école des garçons est transférée provisoirement dans l’aile du bâtiment. Le 20 novembre de la même année, le Conseil communal décide de fonder une bibliothèque populaire. Elle est ouverte dans le corps central le 4 octobre 1863. Une école de musique ainsi qu’une société de gymnastique, la Spadoise, sont également établies au Waux-Hall. Quelques années plus tard, le Waux-Hall change radicalement de destination. En effet, il devient un orphelinat. Il est dirigé par quatre soeurs de la Congrégation des Filles de la Croix, puis, à partir de 1934, par du personnel laïc. Pendant la Seconde Guerre mondiale, une partie des caves du Waux-Hall est aménagée en abri. Une crèche est ouverte durant cette même période et, en 1946, le local pour les nourrissons de l’Organisation nationale pour l’Enfance y est établi. Quelques années plus tôt, en 1941, on y avait installé le musée communal de Spa. Il occupait la cage d’escaliers et la grande salle, tandis que le fonds Albin Body était entreposé dans les deux salons de l’arrière-corps. Après les années soixante, le corps principal est occupé par diverses associations (clubs sportifs, de pensionnés), mais est définitivement abandonné en 1983 à cause de la vétusté générale.

Dans le roman de Thackeray, Barry Lyndon, un chapitre évoque notre ville, et surtout les salles de jeux sous l’ancien régime. Un célèbre film (de Stanley Kubrick) fresque historique tirée de ce roman, brosse un tableau de cette société privilégiée et raffinée: la vie de cour européenne. Evidemment, on en voit aussi les travers, le revers de la médaille. Enfin, on décrit les guerres où l’on meurt « en dentelles avec panache ». Bien sûr, le tournage n’a pas été fait en Belgique. Mais le Waux hall, ou tout au moins une ambiance de salle de jeux, est mise à l’honneur. Tu l’as certainement vu ?

Il est clair que ce roman retrace le côté romanesque de la vie à cette époque. Mais grâce aux revenus des jeux et à la présence toujours plus importante des curistes, Spa et ses habitants s’enrichissent. Les maisons d’assemblées assurent des revenus appréciables aux nombreuses professions qui gravitent autour d’elles (épiciers, cafetiers, apothicaires, tailleurs, usuriers, voituriers, artisans). Chaque Spadois tente de profiter de l’opportunité et aménage chez lui des chambres à louer. Cet afflux de capitaux permet d’améliorer le quotidien de la population: création d’écoles publiques, recrutement d’un médecin et de sages-femmes, hausse des revenus agricoles, lutte contre la disette. Divers travaux d’intérêt public sont réalisés pour le confort des étrangers : création de nouvelles routes, d’un service de diligences et d’un bureau des postes impériales, voûtement du Wayai, pavage des rues, installation de réverbères et de fontaines publiques.

Le bâtiment a subi un « lifting », il y a quelques années, mais seulement l’extérieur ?

Divers travaux ont eu lieu. De 1987 à 1988, on a procédé à la réfection des toitures. C’est ce qui a sauvé le bâtiment. Ensuite, de 1988 à 1993, on a travaillé à l’intérieur sur les décors en stucs et l’éradication de la mérule. Mais ces travaux ont été arrêtés faute d’une réaffectation. Ils ont repris en 2006 avec le grand chantier de restauration complète de l’extérieur du bâtiment qui comprenait les châssis, les ferronneries et les maçonneries. Le coût de ce seul chantier s’est élevé à 2 200 000 €. Ce qui représente à lui seul 9.3 % du budget annuel de la Région Wallonne.
Le bâtiment en intérieur, est sans doute délabré, mais il a un charme d’antan. Dans quelle limite pourrait-on l’exploiter davantage actuellement ?
D’une certaine manière, il est un peu exploité. Tout d’abord, nous le faisons visiter aux Journées du patrimoine, lors de visites d’écoles ou de groupes privés. Certains artistes photographes y viennent régulièrement pour y faire des clichés artistiques. En janvier, on y a tourné un clip vidéo. Il s’agissait du tournage d’une publicité pour les projecteurs BARCO. Egalement au mois d’août de l’année passée, on y a accueilli un tournage d’un film pour la chaîne TV Arté. Il y avait d’ailleurs la fille de Charlie Chaplin comme comédienne. Pour moi, c’est positif. Le lieu est utilisé et d’une certaine manière on en parle.

Nous sommes en période de disette, mais si un financement permettait de concrétiser un rêve, quel serait ton souhait ?

L’affectation prévue actuellement est un cercle d’affaires, le Spa Waux-Hall club. Quelque part, on retrouvera un peu une utilisation première qui est d’y faire du business. Cela étant dit, si je peux rêver, je verrais bien ce lieu comme un espace de rencontre ouvert à tous les Spadois pour y faire des manifestations diverses (culturelles, loisirs, etc.)

As-tu parfois des confidences de vieux Spadois sur le passé de cet endroit ?

Oui, de jeunes et de moins jeunes. Par exemple, je connais une personne orpheline qui a dormi dans la salle de bal étant enfant. Il se souvient encore aujourd’hui de l’emplacement précis de son lit par rapport aux personnages de la fresque du plafond qu’il regardait tous les soirs avant de s’endormir. C’est réellement émouvant d’entendre ce genre d’anecdote.

Les annexes du bâtiment sont sans doute plus récentes ? Quels sont les souvenirs qui y sont attachés et quelle est l’actualité ?

En fait, il existait une aile en retour contemporaine du Waux-Hall. Actuellement, le bâtiment date des années 60. L’aile en retour servait au départ de dépendances pour les personnes attachées à faire fonctionner le lieu. Comme affectation originale au 19e siècle, on peut noter qu’une partie servait de lieu de culte anglican. Pour le futur, une partie des annexes vont servir au fonctionnement du cercle d’affaires (cuisine, locaux techniques) Une autre partie va continuer de servir à l’Académie René Defossé.

Enfin, une dernière question, plus personnelle : j’ai été dans les années 80 votre voisin. Je louais un appartement trois pièces près du salon de coiffure « chez Jocelyne » 46 avenue Reine Astrid. Peux-tu évoquer ton père anglais et la vie d’un petit hôtel familial dans les années 70 ?

Mon père était en effet anglais. Lorsqu’il a épousé ma mère, originaire de Hasselt, début des années 50, ils ont été à la recherche d’un commerce à reprendre. Comme anglais, il avait déjà entendu parler de Spa. Lorsqu’il y est arrivé pour visiter l’hôtel qui était à reprendre, il est tout de suite tombé sous le charme de la région. Avec ma mère, ils ont décidé de s’y installer définitivement.
Pour ce qui est de l’hôtel, je pense qu’ils ont connu la grande évolution du tourisme sur quelques décennies. Dans les années, 60 et 70, les clients venaient de Bruxelles ou parfois de Liège chaque année pour séjourner en pension complète 15 jours ou 3 semaines. Ils venaient pour les cures thermales et les évènements comme le festival du théâtre. En fin de carrière dans les années 90, la clientèle ne venait plus que pour une nuit ou deux en chambre + petit déjeuner. C’était l’évolution des moyens de transport et des destinations au soleil plus à la mode actuellement.

Merci , Frank !


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