L’abdication du Kaiser

« Le mystère de l’abdication levé. Non, le Kaiser n’a pas renoncé à l’Hôtel Britannique comme le croyaient les Spadois. » Ainsi titre, le 13 septembre 2014, l’édition verviétoise du quotidien « Le Jour » dans sa rubrique consacrée aux journées du patrimoine.
Il est en effet de plus en plus établi que l’abdication du monarque allemand a bien eu lieu au château de La Fraineuse à Nivezé-Spa et non à l’Hôtel Britannique comme certaines sources (dont le volumineux rapport de Jacques Macquet, Secrétaire communal de Spa) le laissaient sous-entendre en se basant sur des observations de Spadois ayant vu, le 9 novembre 1918, à l’entrée de l’Hôtel Britannique, un va et vient incessant de hauts responsables allemands.

Grand hôtel Britannique rue de la Sauvenière à Spa (carte postale)

Grand hôtel Britannique rue de la Sauvenière à Spa (carte postale)

En réalité, que valent ces observations, quand le même rapport nous apprend (qu’à partir du 3 mars 1918 jusqu’à la fin du conflit) que la région spadoise est complètement isolée du reste de l’arrondissement, que les habitants sont soumis à des mesures très strictes et des contrôles incessants de la police secrète, qu’il est interdit de stationner rue de la Sauvenière, que les déplacements des hautes personnalités allemandes sont très encadrés de façon à tenir la population locale dans l’ignorance des évènements en cours, que les résidences de la famille impériale situées dans le village de Nivezé sont entourées d’une zone pratiquement interdite, etc. … !
Une autre thèse, bien plus crédible, étayée par l’étude de Guy Peeters (publiée en 1982 dans un journal local), fait apparaître que le Kaiser se trouve au château de La Fraineuse à Nivezé-Spa, quand il accepte, contraint et forcé (il est mis devant le fait accompli par le Chancelier impérial von Baden), dans l’après-midi du 9 novembre 1918, d’abandonner le pouvoir. L’analyse historique de M. Peeters est basée sur de nombreux ouvrages parmi lesquels se trouvent des manuscrits allemands parus dans les années qui ont suivi le conflit ainsi que le livre de Maurice Baumont publié en 1930 (L’Abdication de Guillaume II).

Château de La Fraineuse à Nivezé-Spa (carte postale)

Château de La Fraineuse à Nivezé-Spa (carte postale)

C’est en effet le Chancelier du Reich, le prince Maximilien von Baden, qui de Berlin, suite aux pressions politiques et pour essayer de freiner la révolution naissante en Allemagne, annonce, via l’agence de presse Wolff, l’abdication du Kaiser et la renonciation au trône du Kronprinz. Il force de cette façon le monarque à partir en exil. De toute façon, pour le souverain déchu, il est plus que temps de s’en aller car un peu partout des unités se rebellent, même dans la cité bobeline. La Hollande est choisie comme terre d’exil. Le 9 novembre, vers 19h30’, la limousine impériale de Guillaume II quitte La Fraineuse et se rend à la gare de Spa, où l’empereur, suivi de ses aides de camp, monte dans le train impérial. Le lendemain, à 4h ½ du matin, le long convoi quitte Spa. Quelques kilomètres plus loin, à la gare de La Reid, le train s’arrête ; le Kaiser en descend avec sa suite, puis gagne, par la route, en automobile, la frontière hollandaise à Eysden.

La gare de La Reid (carte postale)

La gare de La Reid (carte postale)

Pourtant, ce n’est qu’après l’annonce de la signature de l’Armistice, le 11 novembre, à Rethondes près de Compiègne, que Guillaume II est autorisé à entrer sur le territoire hollandais. Il est d’abord hébergé quelques jours au château de Hillenrood près de Roermonde, puis séjourne au château d’Amerongen non loin d’Arnhem jusqu’en mai 1920. C’est d’ailleurs là, que, le 28 novembre 1918, les textes officiels d’abdication du Kaiser, avalisant le communiqué de presse du chancelier Maximilien von Baden, seront signés. De 1920 à sa mort en juin 1941, l’ex-Kaiser résida au château de Doorn, entre Utrecht et Arnhem.

Jean Lecampinaire

Sources :
La fin du IIe Reich à Spa (Etude de Guy Peeters – 1982)
Documents écrits de Georges Spailier (Fonds Body)
Cent-cinquante ans d’histoire de Spa (Georges Spailier – 1979 – Editions J’Ose)
Guillaume II, son départ de Spa, (H.A.S. – 1983 – Maurice Ramaekers)
Spa pendant la Guerre 1914-1918 (Ad. communale de Spa – J. Macquet – 1919)


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