Jean de Walque …

Ceux qui ont connu Jean de Walque ont gardé de lui le souvenir d’un homme hors du commun qui s’imposait par une intelligence exceptionnelle et un rare don d’éloquence. Petit, râblé, l’œil pétillant, l’allure hiératique, le comportement un tantinet vieille France, il séduisait tous ceux qui l’approchaient. Homme aux talents multiples, il touchait à tout avec un rare bonheur. Ancien athlète amateur, adepte de l’ascèse mystique, c’était en même temps un fin musicien auquel on faisait volontiers appel pour des soirées musicales. Après avoir été le collaborateur d’un éphémère ministre, il s’est occupé de la généalogie d’anciennes familles éclairant un peu mieux l’histoire spadoise et stavelotaine.

Mais ce que la postérité retiendra surtout de lui, c’est son apport à une meilleure connaissance des fagnes et de la Haute Ardenne vers laquelle sa curiosité s’est surtout tournée (voies romaines des fagnes, limites des principautés et de l’abbaye de Stavelot Malmedy, La toponymie et l’odographie (science des lieux) ont été sa passion pendant près de 50 ans. Il a laissé dans ce domaine une somme considérable d’enquêtes rédigées dans un style riche et travaillé.

Défenseur actif des transports en commun, il donnait la priorité au rail lequel, jusqu’en août 1959 reliait Spa à des localités comme Hockai, Malmedy, Raeren, Kalterherberg et Montjoie). C’est en utilisant le vieux train à vapeur qu’il a pu parcourir à pied tout un territoire que le tourisme débridé n’avait pas encore dénaturé. Sac au dos, parfois porteur d’une tente, il a inlassablement exploré tous les recoins du Haut Plateau à la recherche de vestiges, pierres, traces de vieilles xhavées ou témoins capables de corroborer les thèses audacieuses qu’il défendait.

Parmi celles-ci figure une étude minutieuse sur l’odyssée tragique des fiancés de la Vêquée. Il y soutient que la jeune Marie Solheid abandonnée trop rapidement par son fiancé a encore parcouru seule 2Kms sous la tempête de neige, dans une vaine tentative d’atteindre l’auberge de la Baraque Michel. De son côté, le jeune homme complètement étranger à la région rebroussait chemin et s’égarait avant d’expirer à quelques kilomètres de Solwaster. L’historien justifie le drame par l’équipement inadéquat des deux jeunes victimes ainsi que par l’absence de nourriture stimulantes. Pareille équipée de 21 Kms réalisée dans les mêmes circonstances atmosphériques qu’en 1871 est maintenant chose courante moyennant une préparation judicieuse (Hébremont à Xhoffraix).

Dans sa pittoresque et accueillante villa de la rue de Barisart, Jean de Walque avait accumulé une importante documentation de laquelle il tirait l’essentiel de la matière pour ses travaux. Ce qui le caractérisait, c’était sa propension à utiliser des termes un peu savants comme obsolète, obvie nivéal, anastomose ; quand on lui reprochait cette manie, il rétorquait en souriant qu’il le faisait à dessein pour mieux fixer l’attention de son auditoire.

De 1960 à 1976, il a été l’animateur enthousiaste des excursions organisées par l’Office du Tourisme de Spa. Il a guidé également les sorties dominicales du groupe « Fania » dont il a été le secrétaire de 1956 à sa mort. En 1969, il a été un des fondateurs du GDNTS créé pour une meilleure protection des richesses naturelles spadoises. De 1947 à 1978, il a assuré la majeure partie des chroniques historiques de la revue « Hautes Fagnes » fournissant en même temps des billets à d’autres bulletins culturels de la Province.

A chaque excursion, il donnait à ceux qu’il guidait l’impression de vivre un pèlerinage antique ; ses itinéraires étaient, en quelque sorte messianiques et il en était le « Moise ». Grâce à lui, une génération de marcheurs a fréquenté avec ferveur les hauts lieux des landes, sommitales (Reinutzhof,Kreuz im Veun,Lit de Charlemagne). En plein bled, il surprenait parfois sa petite troupe transie de froid en extirpant de son sac tout un attirail, qui permettait de réchauffer un thé fait avec l’eau d’un drain ou même avec de la neige. Toutes ces activités étaient menées avec un rare souci du détail, qualité qu’il devait à sa formation de juriste. Sa mémoire était étonnante; nous l’avons souvent entendu citer sans aucune hésitation de longs textes du code forestier; il en était de même pour les citations littéraires dont il émaillait ses propos avec le ton prophétique qui lui était propre et qui nous subjuguait.

C’est un fait que la disparition de Jean de Walque a créé un vide dans le monde fagnard habitué à avoir recours à son érudition; les amnésiques que nous sommes se trouvent depuis devant une foule de questions sans réponse . Dans la même optique, le guide qu’il était a manifestement marqué de sa forte personnalité les humbles marcheurs qui l’ont suivi pendant 25 ans. Le temps était venu de lui rendre hommage avant que les rangs de ceux qu’il nommait sa cohorte bien aimée ne soient trop clairsemés.

En plus des études parues dans différentes revues, Monsieur de Walque a signé un recueil de poèmes intitulé « Douze séquences pour un fagnard qui cherche sa voie ». La plaquette est probablement introuvable mais le texte peut être trouvé dans les revues trimestrielles « Hautes Fagnes » de l’année 1953 (voir bibliothèque communale). Il a rédigé une monographie fouillée « Technique de la randonnée pédestre » (Revue H.F. de 1950 à 1952).

Il serait souhaitable qu’il se trouve un jour un éditeur pour réunir tous ces textes d’un haut intérêt dans un seul ouvrage. Jean de Walque est mort à Spa le 7 juillet 1978 à l’âge de 78 ans.

Jacques Reynaerts


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