GUERRE 14-18 : réquisition des voitures !

Une Nagant de 1907

Une Nagant de 1907

Depuis la construction de l’automobile, la ville de Spa a toujours réuni les amateurs de belles mécaniques. En août 1914, ce sont pourtant de drôles d’engins qui ont traversé la ville. La plupart étaient hippomobiles et celles qui étaient motorisées paradaient avec à leur bord les officiers supérieurs de l’armée allemande. Quelles étaient les voitures des Spadois en 1914 ? Dans les archives du Fonds Body et celles de la grande guerre, il existe un document qui relate en détail les automobiles des Spadois assez riches pour s’acheter une telle machine à quatre roues. Le document est un ordre de réquisition en cas de guerre des voitures automobiles qui seront à la disposition de l’autorité militaire.

C’est le 20 février 1914 que le commandant de Gendarmerie Dupont signe une liste de 21 automobiles servant exclusivement au transport de personnes.(Auguste Joseph Dupont commandant de gendarmerie, décédé à 48 ans le 28 septembre 1914, mort pour la Belgique) Et le 3 août 1914, à la veille du conflit, le sous-lieutenant de Gendarmerie de Spa, Pilate requiert le Bourgmestre De Crawhez de fournir à partir de 10h30 dans les locaux du garage Pipe et Keipe les vingt et une voitures. Les camions ne sont donc pas repris dans cette liste. Ni celles des étrangers et de ceux qui ne sont pas domiciliés à Spa.

Quelques explications sur la liste des véhicules. Léon Keipe était carrossier et loueur de voitures avec chauffeur. Son garage se situait sur la place Royale en 1914. Il était né à Spa en 1874 et s’était marié en 1910 avec une Spadoise, Augustine Demaret. Il possédait six voitures. En 1933, Léon Keipe était garagiste dans l’avenue du Marteau n°68. Généralement, le chauffeur de ces véhicules était aussi le mécanicien de service en cas de panne. Les écoles de mécanique automobile n’existaient pas encore et c’est donc avec beaucoup de bon sens que ces domestiques devenaient des mécaniciens. Toutes les voitures tournent avec de la Gazoline et roulent à la vitesse maximum de 60 km/heure pour deux modèles car les autres roulent à la vitesse normale de 25 à 45 km/heure. Ces voitures sont devenues 100 ans après, des objets de curiosité qui font rêver plus d’un admirateur. Les marques belges étaient appréciées et accumulaient les médailles dans les Foires les plus prestigieuses.

Léon Keipe possédait : une ITALA de 24ch de 1907, une PIPE de 18 ch de 1907, une IMPERIA de 24 ch de 1908, une BERLIET de 40ch de 1910, une NAGANT de 40 ch de 1903 et une RENAUX (Renault ?) de 6 ½ ch de 1908.

Henri Hayemal banquier de la rue Rogier n°28 avait une METALLURGIQUE de 18 ch de 1913 (celle-ci pouvait rouler à 60 km/heure), le bourgmestre de Spa, baron Joseph de Crawhez qui habitait rue de Sauvenière 62, deux MERCEDES : une de 40ch de 1912 qui pouvait rouler à 60 km/heure et une de 12ch de 1912.

Alfred Lieutenant industriel domicilié boulevard des Anglais avait deux voitures : une NAGANT de 24 ch de 1909 et une FN de 11ch de 1913.

Walthère Minet hôtelier de la place de la Gare (n°19) avait une DE COSMO de 24 ch de 1911. (La première voiture construite par la F.N. de Herstal fut réalisée par un Italien, DE COSMO qui s’était fixé à Liège).

Jean Goire chauffeur du boulevard des Anglais n°14 avait une BERLIET de 18 ch de 1906 et une HERMES de 24 ch de 1909.

Joseph Troquette carrossier domicilié boulevard des Anglais n°13 avait une CLEMENT de 16 ch de 1906.

Pierre Blaise louageur de la rue Deleau n°33 possédait une SPRINGUEL de 12 ch de 1908, Edouard Sury médecin domicilié rue Delhasse n°25 une RENAUX ( ?) de 5 ch de 1909 et Marcel Hansen architecte de la place de la Gare n°27 une HUPMOBILE de 15 ch de 1912.

Fernand Sody hôtelier de l’avenue du Marteau n°22 avait une GERMAIN de 21 ch de 1912, Marcel Jehin entrepreneur de la rue de Barisart n°122 une PIPE de 18 ch de 1913.

Une petite vignette est agrafée au document : Marcel Oury domicilié rue de la Sauvenière se présente le 2 août à Spa et déclare « Je mets ma voiture automobile (la 21e de la liste) à la disposition de l’autorité militaire en cas de réquisition – elle se trouve chez moi, route de la Sauvenière-mon chauffeur est sous les drapeaux ». Signé Ledin (cité commissaire en 1933)

Une autre anecdote racontée il y a quelques années par Henri Laboureur (+) de La Reid : « l’épouse de Pierre Thorez a raconté à mon père que pendant la guerre, le Kaiser maître de la Prusse qui s’était installé à Spa, voulut admirer les Grottes de Remouchamps. Sur le trajet à la hauteur du « Tournant fatal » la voiture du Kaiser a déboulé de Hautregard pour terminer sa course dans la maison de gauche et dans le talus…Catherine Fraiture avait surtout retenu le costume blanc d’apparat du Kaiser.». Pour les habitués de la route Spa – Remouchamps, le Tournant fatal est le virage qui était en « S » en 1914 à la fin de la longue ligne droite après Hautregard et avant l’entrée dans la commune de Remouchamps Aywaille. Ce virage toujours dangereux, raboté depuis environ 1965, était devenu « fatal » après la mort dramatique de Pierre THOREZ en 1904, tué par un engin diabolique (voiture) conduit par des Bruxellois pressés. Il était le grand-père de Pierre Thorez deux fois bourgmestre de La Reid.

Concernant les voitures de la liste, peut-être trouverai-je une fin heureuse dans les archives du Fonds Body. À suivre.

Jean-Luc Seret


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