Recettes d’antan

Juin, un rayon de soleil et les touristes sortent pour envahir les terrasses… une bonne pluie quotidienne et dès le soir venu, les limaces et escargots envahissent nos jardins. Le bol de bière, le sel n’ont pas réussi à les éliminer, ce sont les salades qui en font le frais !

L’été, nos jardins font l’objet de la sollicitude de centaines de limaces voraces. Laitues, courgettes, choux, hortensias, … sont les victimes de ces bestioles que certains estiment peu ragoûtantes, et indignes de figurer sur la carte des restaurants, alors que nous nous régalons d’escargots, d’huîtres, de moules crues (j’adore ça !).

Pèpère Joseph, mon grand-père paternel, ancien ouvrier aux chemins de fer belges fut un philosophe, car il décida de quitter son emploi pour s’adonner à de petits boulots, n’ayant ainsi plus de contremaîtres à ses fesses ! Pèpère, donc, ayant des loisirs, par temps humide se promenait dans la campagne et, lorsqu’il apercevait « on rodge lumeçon », (limace rouge), s’en emparait, le nettoyait dans son grand mouchoir rouge à pois blancs (ne servant jamais à autre chose, rassurez-vous), et avalait tout de go le gluant animal !

« On rodge lumeçon », (limace rouge), de Pèpère.

« On rodge lumeçon », (limace rouge), de Pèpère.

Quant à mèmère Adolphine, elle mettait les limaces au centre d’un drap de cuisine, le refermait en nouant les quatre bouts après avoir jeté une grosse poignée de sucre sur les malheureuses bestioles. Elle pendait alors le drap au robinet, une bassine placée en dessous. Les limaces « fondaient », libérant un liquide visqueux qui servait de sirop en cas de toux. Essayez, vous adopterez cette médication qui vaut bien les modernes sirops pharmaceutiques quelque fois fort indigestes. Et puis, comme dit le populo, « ça descend tout seul ».

J’ai connu l’époque où l’on chassait l’écureuil (le spirou) qui, bien préparé avec une sauce légèrement vinaigrée, des échalotes et du thym (si mes souvenirs sont bons) est délicieux. Et que dire des « savadges robettes » (lapins de garenne), disparues, because la myxomatose, tirées de main de maître par un voisin braco, qui nous en faisait profiter.

Travaillant comme cuisinière dans une famille d’origine française, mèmère fut amenée quelque fois à préparer une couleuvre que rapportait son patron. Combien de fois n’ai-je pas entendu parler de la couleuvre sauce gribiche, accompagnée d’un Muscadet sur lie !

Durant la seconde guerre mondiale, certains tendeurs capturaient les « mohès » (éperviers), qui remplaçaient les poules dans le bouillon. Ma marraine Hubertine, durant l’hiver, plaçait un petit morceau de pomme sur une « clapette », et capturait les « mâvis » (merles) qui, contrairement à ce qu’affirment certains, valent bien les grives. Une sauce déglacée au divin pèket ajoutait encore aux qualités gustatives des « noirs ouhès ».

Et enfin mon vieux copain, hélas trop tôt disparu, André Dirick, adroit et redoutable disciple de St Hubert, ne tarissait pas d’éloges quant à la valeur gastronomique des « ritchas » (geais) rôtis.

Je tenais à vous faire part de ces recettes qui « plaquent aux boyaux ». Bon appétit ! Et si vous toussez, vous savez maintenant comment retrouver la santé en un temps record : une cuillère à soupe de jus de limaces cinq fois par jour et… un bon grog pour faire passer le sirop !

Un gastronome : Jacques Cécius


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