Traditions de Pâques

Pâques est essentiellement une fête religieuse célébrant la passion, la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Certaines coutumes, proches ou non de la religion chrétienne, sont encore bien vivantes dans nos régions.

Le buis

Le dimanche qui précède Pâques est appelé « Dimanche des Rameaux » .Cette fête commémore l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem quelque temps avant sa condamnation à mourir sur une croix. La cérémonie commence par la bénédiction de branches de buis. A cette occasion, on constate que la coutume de se procurer un rameau de buis est très vive. Les personnes garnissent les crucifix de la maison familiale. Certains usages magico-religieux restent vivaces, comme placer du buis près de la cheminée pour se préserver des incendies ou des calamités. Des personnes déposent également du buis béni sur la tombe d’un défunt. Notons que le buis orne les cimetières car il est considéré comme un symbole d’éternité.

Les lunettes

La Semaine Sainte débute par la célébration du Jeudi Saint. En ce jour, où le célébrant commémore la Cène, il est de tradition à Verviers de manger des « lunettes ». Bien que directement liée à l’activité textile et donc sans lien avec notre ville, les lunettes sont proposées depuis une dizaine d’années dans certaines boulangeries spadoises. Elles sont confectionnées dans une pâte assez semblable à celle du gâteau de Verviers. Elles ont une forme qui rappelle les «lunettes de sommeil» que l’on place sur le visage pour s’endormir. En offrant des lunettes du Jeudi Saint, en guise de cadeau de Pâques, les patrons des usines textiles signifiaient aux ouvriers travaillant à domicile qu’ils fermaient les yeux sur les petits défauts de tissage qui subsisteraient encore dans les draps.

Les crécelles

Actuellement encore, durant la messe du Jeudi Saint, les acolytes rangent les sonnettes et utilisent à la place des crécelles et ou des maka (marteau). Il s’agit d’entrer dans cette période douloureuse de la Passion et la crécelle est plus adaptée dans ces circonstances. De plus, les cloches partent pour Rome où elles feront le plein d’œufs de toutes sortes. Dès lors, auparavant, les enfants armés de leurs crécelles sillonnaient les rues des villages pour annoncer l’angélus et les offices. Le Samedi Saint, ils effectuaient un dernier tour du village et recevaient des œufs cuits durs, des œufs en chocolat ou de la monnaie. Ils faisaient un vacarme assourdissant avec des crécelles de types divers.

Albin Body (Spa, histoire et bibliographie tome III page 286) signale qu’il possédait encore le maka qu’il avait utilisé dans son enfance. « Or, en ces jours ultimes de carême, le maka était autrefois dans toutes les mains des petits garçons de toutes les classes, riches et pauvres; et ils le faisaient entendre du jeudi saint au samedi soir, sans désemparer, dans toutes les rues du bourg. » Il note que cette activité a disparu à Spa depuis une cinquantaine d’années. Cette coutume était encore en usage à Creppe, il y a quelques dizaines d’années mais a disparu actuellement. Nous serions intéressé de recevoir des témoignages de personnes qui ont connu cette tradition.

Ne pas manger des pommes, du sirop le Vendredi Saint

Le Vendredi Saint est consacré au Chemin de Croix. Ce jour est encore jeuné par certaines personnes. D’autres évitent de manger de la viande et préparent du poisson ou des macaronis. On évite le superflu. Il était (est ?) de tradition de s’abstenir de manger des pommes, du vinaigre, du sirop en souvenir de la boisson vinaigrée offerte au Christ en croix. La personne qui ne respectait pas cette interdiction courait le risque de souffrir de furoncles tout au long de l’année. Il était également recommandé de ne pas lessiver le linge ce jour-là. « Qui lessive le vendredi saint, lave son linceul ».

La préparation des œufs de Pâques

Le Samedi Saint est consacré dans plusieurs familles à la préparation des œufs de Pâques. Il n’était pas habituel d’acheter des œufs colorés dans le commerce. Les grands enfants et les parents (la mère) confectionnent des œufs de teintes diverses ou garnis de décorations. Ces œufs seront cachés dans le jardin le matin de Pâques. Dans les écoles gardiennes, dès que le carnaval est terminé, les enfants sont invités à réaliser des bricolages sur le thème de Pâques (œufs, poules, lapins).

Pour teindre les œufs, il suffit de faire bouillir de l’eau et des matières colorantes naturelles, de laisser refroidir, d’y plonger les œufs et de les faire bouillir à nouveau une dizaine de minutes. Pour obtenir du brun, on utilisera le thé ou le café ; du jaune : carottes, pelures d’oignons légèrement bouillies ; rouge : jus de betterave, pelure d’oignon avec du vinaigre ; vert : feuilles d’ortie, d’épinard ; violet : myrtilles, sureau. On peut coller des motifs sur l’œuf avant de le plonger dans la teinture pour créer des dessins sur la coquille. Toute une série de bricolages peuvent être réalisés en collant des éléments de laine, de paille, de papier sur l’œuf.

La chasse aux œufs

Dans les familles, les petits enfants sont invités le dimanche matin à venir récolter les œufs, ceux qui ont été préparés la veille ou des œufs en chocolat achetés dans les confiseries. Par beau temps, les parents et grands-parents qui ont la chance de posséder un jardin y cacheront les œufs. Les enfants, munis de leur petit panier s’empresseront de trouver ces œufs que les cloches revenant de Rome ont lancés (sans les casser, quel miracle !). Les enfants récolteront aussi d’autres symboles de fertilité tels que des lapins en chocolat ou en peluche.
Beaucoup de communes facilitent le travail des cloches en organisant de grandes chasses aux œufs rassemblant des centaines d’enfants qui se partagent des milliers d’œufs comme dans notre ville où le Service de la famille met sur pied cette activité dans le parc de Sept Heures le Samedi Saint en matinée. On est loin des quelques œufs que nos aînés recevaient durant leur enfance !

Caquer les œufs

Le dimanche de Pâques ne se termine pas sans un repas au cours duquel on mangera les œufs cuits durs mais en jouant auparavant à « caquer les œufs ». Chacun cherche dans le panier un oeuf qu’il pense particulièrement solide. Il le présente à un adversaire qui le frappe avec son œuf. Chacun à tour de rôle frappe l’œuf de l’adversaire jusqu’au moment où l’un des deux se brise. Le gagnant continue le jeu en affrontant un autre adversaire.
Ce jeu était autrefois une animation collective qui avait lieu dès la sortie de la messe du dimanche de Pâques. Albin Body l’a raconté de manière assez précise dans son livre Spa, histoire et bibliographie tome III page 287. Le jeu rassemblait pas mal de monde puisque les joueurs achetaient les œufs à des marchands installés avec leurs paniers. Diverses techniques étaient utilisées pour trouver un œuf à la coquille solide. Après avoir choqué les œufs, le propriétaire de celui qui était brisé le donnait à son vainqueur. A. Body note qu’en fin de journée, le sol était couvert de coquilles.
Henri Georges, qui s’est intéressé au folklore spadois d’avant-guerre, donne quelques informations sur la coutume des œufs de Pâques dans notre ville. « Les parents donnent des œufs aux enfants, les patrons aux domestiques, les parrains et marraines à leurs filleuls. Ces œufs teints au marc de café, aux pelures d’oignons ou aux chatons de noisetiers, se donnaient et se donnent encore par trois ; la coutume est restée, mais les mannes devant l’église, les rassemblements après la grand’messe pour « caquer » les œufs (celui qui avait son œuf brisé devait le céder à l’adversaire), tout cela avait disparu plusieurs années avant la guerre. »

L’arbre de Pâques

Il s’agit d’une tradition allemande qui pénètre lentement depuis quelques années dans notre ville. Des particuliers garnissent leur cour ou façade de branches d’arbre garnies d’œufs peints de matières diverses et d’objets relatifs à Pâques : lapins, poussins, nids, poules, etc. Ces arbres sont placés quelques semaines avant la fête de Pâques. Les personnes créent ces arbres pour manifester à l’entourage et aux passants la joie de la renaissance de la Vie et de la Nature.

On constate donc, qu’à côté de l’aspect religieux de la fête de Pâques, une série de coutumes liées à la symbolique du renouveau de la Vie continuent à être vécues par les Spadois et que certaines d’entre elles se développent. Notons que l’aspect collectif de la fête tend à disparaître au profit d’un caractère personnel et familial.

Pol Jehin


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