Les thermes : passé du thermalisme spadois

Les élèves de 6ème primaire de l’Athénée Royal de Spa (classe de monsieur Pierre BRAY) ont mis sur pied une exposition à l’occasion des Journées du Patrimoine 2002 qui retrace l’historique des Thermes et les différentes professions qui s’y rapportent.

Introduction

Pendant des siècles, Spa a occupé la place de  » reine des stations thermales « . Pour les Anglo-Saxons, Spa reste d’ailleurs le symbole même du thermalisme puisqu’il signifie  » ville d’eau « . Si l’on venait déjà  » prendre les eaux  » à Spa au XVI ème siècle, l’actuel établissement thermal a été inauguré en 1868. Il est dû à la persévérance du bourgmestre Servais qui parvint à en faire accepter l’édification malgré les réactions parfois virulentes de ceux qui, à l’époque, ne juraient que par les jeux. Témoin d’une architecture vouée à l’éclectisme et à l’historicisme, les plans de cette importante construction furent dressés par l’architecte bruxellois Léon Suys.

Depuis cette époque, les  » Bains de Spa  » se sont adaptés, par des investissements successifs, aux exigences d’un thermalisme en évolution. A l’affût des progrès à l’étranger, ou à la pointe de ceux-ci avec l’Institut Henrijean, les dirigeants de l’Etablissement thermal se sont efforcés de répondre aux exigences et à la satisfaction des curistes.

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Historique des bains de Spa

Le thermalisme tel qu’on le connaît et le pratique aujourd’hui remonte en réalité à la nuit des temps de notre civilisation, romaine en particulier. Le bain est la thérapeutique la plus vieille du monde. On n’exclut d’ailleurs pas pour ce qui nous concerne que le nom de Spa nous arrive en ligne droite du latin sparsa, de spargere : jaillir.

Après l’euphorie du thermalisme sous l’empire romain, le moyen-âge ne nous livre que très peu de traces ; il faudra attendre la renaissance pour qu’il soit remis à l’honneur et reprenne son irrésistible ascension.

La balnéothérapie connut un succès aussi important que la crénothérapie (absorption de l’eau), ce n’est pas sans raisons sérieuses qu’un large public s’est pressé durant des siècles aux bains de Spa.

L’hôtel Waldeck (1730-1848)

L’hôtel Waldeck était situé à côté du moulin de Spa, à l’actuelle rue Rogier, en 1734, il comptait deux bains.

Le premier, froid, se trouvait dans le moulin, au fond d’un caveau obscur et voûté. Il était alimenté par le Biez issu du Wayai. Certains pensent que ce sont les Anglais qui importèrent à Spa, l’usage des bains froids.

Plus engageant que le précédent, le second, chaud cette fois, se prenait dans une cuve de bois suspendue au-dessus du caveau d’eau froide.

En 1760, l’hôtel Waldeck a amélioré ses installations. On y trouve un grand bassin d’eau de la rivière, pour le bain froid. Il y a aussi deux baignoires pour le bain chaud. Elles étaient, aux dires de Léon Dommartin alias Jean D’Ardenne, remarquables, creusées dans d’énormes blocs de pierre bleue, taillées avec un escalier et un siège double à l’intérieur. Elles pouvaient à la demande, et c’est une nouveauté, être remplie d’eau minérale du pouhon préalablement chauffée.

Quoique cette façon d’administrer les bains d’eau minérale fut des plus primitives, c’est encore ainsi que la Reine Hortense les prit en 1810. Le prestige des eaux de Spa était vraiment extraordinaire.

Doté d’une douche, dès 1778, l’hôtel Waldeck fut dirigé par des personnages dynamiques : Juslenville (1773 – 1782), Henrard, maître – chirurgien (1783 – 1787), J.G. Lemaire (1787 – 1789), Lejeune, traiteur et marchand de vin (1789 – 1792).

En 1853, l’hôtel et le moulin furent démolis ensemble.



Les bains du Tonnelets (1760- 1840)

En 1760, deux médecins non spadois, Maillard et Vivegnis érigent aux abords du Tonnelet et alimenté par cette source, le premier établissement de bains convenable que Spa ait possédé.

En 1773, à leur suite, le pharmacien J.F. Briard lui donna quelques développements et embellit les abords de la source. Il comptait un bain froid à eau courante, une piscine en plein air, quatre bains chauds simples ou aromatiques, un bain de vapeur, une douche foulante … la piscine, outre le trop plein du Tonnelet, recevait l’eau de plusieurs petites sources découvertes dans la prairie adjacente.

Les diverses installations, bien qu’insuffisantes, connurent un succès considérable et furent fréquentées par les Bobelins les plus illustres que comptait alors Spa à l’apogée de sa gloire.

Elles ne survécurent pas au premier établissement public de bains construit à Spa en 1828.

Quelques particuliers (18ème et 19ème siècle)

Sur le chemin de la prairie de Quatre-Heures, un petit bain chaud tenu par une vieille femme considérée comme la meilleure baigneuse. Elle s’enorgueillissait d’avoir tenu en ses mains maints seigneurs et princes dont le czar Pierre-le-grand (1717).

Plusieurs particuliers, voisins directs du pouhon pierre le grand, mettent en péril ce dernier en creusant un puits dans leur cave pour mettre à jour de nouveaux griffons (jaillissements) destinés à alimenter des bains privés. C’est le cas de Gavage en 1860 à l’enseigne le reine de France ou de mexher qui, dès 1849, ouvre un établissement devenu célèbre, le prince de condé.

Le premier établissement public de bains (1828 – 1841)

En 1828, la ville de Spa transforme l’ancienne douane en établissement de bains sous l’action de Guillaume 1er, roi des Pays-Bas. Son fermier, un certain Rigaud, eut bien du mérite à le faire fonctionner car l’alimentation en eau n’était assurée que par refoulement du trop-plein de la source Pierre-Le-Grand, soit quatre litres par minutes ! On y donnait cependant 950 bains par saison, payés un florin des Pays-Bas.

Inadéquat, le bâtiment qui se situait au centre de l’actuelle place de l’hôtel de ville, ne gardera cette fonction qu’une dizaine d’années avant d’être successivement école communale puis hôtel de ville pour finalement disparaître en 1968.



Le deuxième établissement public de bain (1841 – 1867)

En 1841, ons construit Place Royale, à l’emplacement de l’ancien hôtel des Tuileries et de l’actuel pavillon de la maison du tourisme (OTTF), à l’entrée du parc de 7 Heures, un édifice destiné à satisfaire les exigences des curistes. En léger contrebas de la source – mère, Pierre-Le-Grand, l’amenée d’eau s’y fait par déclivité. Le tenancier, Leroy-Taylor, parvenait dans les dernières années à 6000 bains par saisons, malgré un outillage défectueux et vivement critiqué par les curistes.

Dès sa mise en fonction, on décela de nombreux défauts de conception et l’on douta même de sa stabilité.



Le troisième établissement public de bains (1868-2003)

Contre cents et marées, en dépit des criailleries bien imprévoyantes de ceux qui ne juraient que par les jeux, le Bourgmestre Servais, animateur communal exceptionnel, parvenait en 1867 à faire édifier sur les prairies Lezaack (l’ancien Vesquepreit) un ensemble hydrothérapique de première classe. Grâce à lui, nous admirons encore cette grandiose bâtisse en Renaissance Française due au compas de l’Architecte Léon Suys. Son image est désormais indissociable de la cure thermale.

Son coût cependant greva tous les budgets et atteignit 1 500 00 BEF, somme énorme pour l’époque, valant actuellement plus de 10 000 000 d’euros.

Inauguré le 15 août 1868, l’actuel établissement comportait :

52 cabines de bains, avec 54 baignoires ;
2 salles de grandes douches à forte pression ;
2 grandes salles de douches ordinaires et hydrothérapiques avec bassin d’immersion ;
2 salles d’hydrothérapie proprement dite ;
2 salles pour douches en cercle, douches de siège et pour bains de pieds à eau courante ;
2 plongeons ;

De cet apport incessant de modernisation et d’innovations médicales et technologiques, on retiendra :

  • Apparition d’un gymnase (1882) ;
  • Création d’une nouvelle aile destinée aux bains de boue ferrugineuse (1889) ;
  • L’idée du traitement des cardiaques à Spa qui revient au grand physiologiste Russe, le Professeur de Cyon (1897) ;
  • Premières inhalations d’eau de pouhon dans la thérapie des affections oséneuses (1905) ;
  • Modernisation des bains de boue, l’érection d’une piscine chauffée, ainsi qu’une installation de Hammam et de bains de lumière (1905) ;
  • Nouvelle section de bains carbogazeux et nouvelle salle de mécanothérapie (1914) ;
  • Remplacement de 70 baignoires en cuivre et réparation des dégâts survenus pendant l’occupation (1919) ;
  • Nouveaux salons de repos, service de radiagraphie et nouvelle salle d’application de boue (1929 : 30) ;
  • Salle de conférence et laboratoire Henrijean (1931) ;
  • Construction d’une série de bains de jambes à eau courante (1954-1960) ;
  • Modernisation des locaux réservés aux applications de boue (1965 – 1970) ;
  • Restauration des façades, transformation du perron et de l’entrée (1968)

Le thermalisme à Spa a connu des saisons très brillantes interrompues ou altérées par les vicissitudes du temps et une concurrence acharnée d’autres stations envieuses de ses succès.

24 000 opérations thermales (1868)
36 000 opérations thermales (1875)
14 000 opérations thermales (1905)
28 000 opérations thermales (1914)
30 085 opérations thermales (1922)
60 424 opérations thermales (1928)
66 305 opérations thermales (1935)
78 710 opérations thermales (1936)
56 086 opérations thermales (1938)
42 475 opérations thermales (1944)
41 959 opérations thermales (1947)
167 182 opérations thermales (1967) suite à l’avènement depuis l’année 1949 du thermalisme social.

Etablissement thermal – Evolution extérieure



Etablissement thermal – Evolution intérieure


Etablissement thermal – Les travailleurs de l’ombre


Les élèves de 6ème primaire de l’Athénée Royal de Spa et Pierre BRAY remercient pour leurs soutiens :

Le personnel du Musée de la Ville d’Eaux,
Le personnel de la Bibliothèque communale de Spa,
Le personnel du Centre culturel,
Le personnel de l’Etablissement thermal,
Monsieur Guy Jacque (collectionneur de cartes postales…),
Monsieur Perin (directeur de l’établissement thermal),
Monsieur Marcel Gavray (de l’établissement thermal),
Monsieur René Sart (collectionneur d’objets spadois…),
Et vous pour votre visite…


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