Fermeture de l’aérodrome de Spa-la Sauvenière ?

Vous avez été plusieurs à nous faire part de votre réaction, de votre incompréhension à la fermeture de l’aérodrome de Spa-la Sauvenière. Nous vous présentons dans ce mini dossier la position des diverses parties en présence.

La fermeture de l’Aérodrome de Spa : situation factuelle au 22 février 2013
L'aérodrome de Spa
L’aérodrome de Spa-La Sauvenière est menacé d’une fermeture définitive. Pourquoi en est-il ainsi ? Au-delà de toute polémique, il semble intéressant de soumettre aux Spadois et Spadoises, les éléments de faits qui concernent leur aérodrome.
Cet aérodrome n’est pas seulement un atout touristique et commercial pour Spa et pour ses habitants. C’est un milieu de vie inséré depuis très longtemps dans leur patrimoine tant matériel qu’humain. Spa a vu nombre de ses citoyens devenir pilote, à l’issue de leur formation au Royal Aéro Para Club. Citons des Noirhomme, des Vintens (trois générations), des Lorange, des Pesesse, des Doppagne et combien d’autres. Le bourdonnement des monomoteurs dans le ciel de la cité thermale est reconnu de tous. Combien de familles emmenaient-elles leurs enfants s’émerveiller devant ces « drôles de machines ».

Les faits énumérés de manière précise mais succincte, sont les suivants :

  1. La Région Wallonne, en la personne de son Ministre du Budget, des Finances, de l’Emploi, de la Formation et des Sports, et encore Vice-Premier Antoine (cdH) déclare qu’ : « Il n’entrait plus dans les intentions de la Région wallonne d’exploiter elle-même ou de faire exploiter des aérodromes » (PW – CRIC 2 Session 2010-2011 du 4.10.2010). Cela a signifié à l’époque la proposition de mise en vente au secteur privé de l’aérodrome de Spa – comme celui de Saint Hubert -. Ni au niveau national, ni au niveau international il n’y aura un seul amateur !
    Une autre solution est proposée avec l’appui d’acteurs liégeois : la SOWAER, filiale de la Région Wallonne, Meusinvest (solutions de financement pour la création et la croissance des entreprises) etc pour rentabiliser la gestion de Spa- La Sauvenière (EBSP) : accroître les recettes. Comment: par exemple en construisant des hangars (les locations d’emplacements génèrent très rapidement des bénéfices), en augmentant les mouvements d’aéronefs, etc solutions généralement appliquées dans les structures commerciales des aéroports régionaux par la Région (cfr EBLG et EBCI).
  2. C’est ici que se trouve la pierre sur laquelle on achoppe. La S.A. Spa Monopole N.V, rue Auguste Laporte 34 à Spa s’insurge et refuse toute extension quelconque de l’aérodrome et surenchérit en refusant le survol de la Fagne de Malchamps et des captages, ce qui conduit à la fermeture pure et simple du site aéroportuaire spadois.
    Dès lors, cette seconde solution est caduque et les acteurs publics potentiels se retirent.
  3. A partir de ce moment, c’est la décision de fermeture pure et simple qui prévaut. C’est-à-dire la fin des activités sur le site et la « faillite » de l’asbl Royal Aéro Para Club de Spa et des sociétés commerciales et associations fonctionnant sous l’appellation Skydive Spa. Dès lors, pour éviter cette ruine, les utilisateurs, à la main forcée, firent des propositions d’exploitation par eux-mêmes du site (qui donne du travail à une cinquantaine de personnes, en ce compris l’exploitation du Sunset, la cafétéria où se retrouvent amateurs d’aéronautique et promeneurs du dimanche), appuyé en cette solution par la Ville de Spa, propriétaire du site, qui viendraient ainsi en remplacement de la « Société de Gestion de l’Aérodrome de Spa » filiale de la S.O.W.A.E.R., elle-même filiale sous forme de société privée de la Région Wallonne.
  4. A l’occasion de cette proposition (la construction d’un nouveau hangar), la problématique du permis d’exploiter va apparaître. In illo tempore, l’Etat (à l’époque la R.V.A. – on se souviendra de l’efficace Commandant Muls) ne se délivrait pas de permis à lui-même. O tempora o mores … les temps ont changé, maintenant, il le faut.
  5. La SOWAER, personne morale, filiale de la Région wallonne, va introduire une demande de permis unique (la procédure du permis unique est d’application lorsqu’un projet nécessite simultanément un permis d’urbanisme et un permis d’environnement (articles 81 à 94 du décret du permis d’environnement). Pour transmettre la gestion de l’aérodrome aux utilisateurs, il faut évidemment qu’il puisse être exploité et bien sûr, doté de ce permis.
  6. Le permis (un document de 64 pages, fouillé et détaillé) sera accordé le 26 (?) septembre 2012. Ce permis est élaboré sur base de multiples avis de différentes directions de la Région wallonne et comporte un certain nombre de contraintes, dont par exemple une limite au nombre de mouvements d’avions.
  7. Un recours est interjeté par la société anonyme Spa Monopole.
  8. Suite à ce recours, un arrêt daté du 21 septembre 2012 est rendu par Monsieur le Ministre Henry (Ecolo), Ministre de l’Environnement, de l’aménagement du territoire et de la mobilité. Cet arrêt annule le permis principalement pour une question de non respect du délai dans lequel celui-ci devait être déposé (par l’administration elle-même) et déclare l’action de Spa Monopole recevable mais sans objet.
  9. A ce stade, il faut constater que le fond du dossier n’est pas examiné et que les arguments présentés par l’appelant (Spa Monopole) ne sont pas rencontrés au niveau de l’arrêt (le permis cassé n’était pas en carence à ce niveau).
  10. Que ce mardi 19 février 2013, au cours d’une interpellation du Ministre Henry, Monsieur Michel de Lamotte (cdH), député wallon et communautaire, relève le fait que dans son arrêt, le Ministre invoque la propre faute de son administration pour annuler le permis (Parl. Wallon, C.R.A.C. 77, du 19 février 2013). Dans la réponse à cette question, M. le Ministre Henry déclare que la responsabilité de la fermeture actuelle de l’aérodrome relève de la seule volonté de la Sowaer, qui elle-même justifie le fait qu’en présence de la décision ministérielle il était impossible de poursuivre l’exploitation, ce qui était le cas avant l’arrêt, lors de l’activité sans la couverture d’un permis. La Sowaer fera couvrir cette fermeture par un Notam (notice to airmen).
  11. Autre constatation : la Ville de Spa veut, de manière formelle, le maintien de l’activité traditionnelle de l’aérodrome. Elle fera valoir ses droits, notamment en fonction du bail emphytéotique qu’elle a accordé à la Région wallonne et qui comporte des clauses de bonne exécution sanctionnables en cas de non-respect.
  12. Dans un courrier électronique récent, les co-présidents du groupe Ecolo (Emilie Hoyos et Olivier Deleuze) signalent à la direction du Royal Aéro Para Club de Spa que la menace de fermeture n’est pas le fait du Ministre Henry et que cette formation politique tient : « à souligner que le Ministre Antoine (cdH) semble, lui, souhaiter la fermeture pure et simple de l’aérodrome, pour raisons budgétaires, position que nous nous ne partageons pas à ce stade »


Longue mise au point qui devrait permettre à tout un chacun dans notre bonne ville de Spa de se forger une opinion.

Abandonnant le récit strict des faits, nous voudrions exprimer que depuis fin 1908, il y a des activités aéronautiques à proximité de la Fagne de Malchamps. Que cette activité, dans sa structure actuelle sert la ville de Spa, les commerces et les habitants. Que pour la ville de Spa, faire fi de ces activités, dans le contexte actuel particulièrement difficile que rencontrent les communes est quasiment suicidaire.

Comme le signale l’UCM de Verviers, sous la plume de Jean Jungling, la priorité va au maintien impératif des activités existantes (déclaration dans le journal «L’avenir – Le Jour Verviers»

Qu’au grand jamais, la société commerciale Spa Monopole n’a évoqué le moindre préjudice lié à l’aviation et dès lors n’a rien prouvé. Que la coexistence de deux activités : captage d’eau et aviation générale, pendant aussi longtemps (début des activités aéronautiques fin 1908) démontrent qu’en respectant les règles de sécurité en matière de vol, le risque est minime et peut être facilement circonscrit.
Que le mauvais procès mené par la direction de Spa Monopole est incompréhensible ; l’image de marque de cette société n’ayant jamais été altérée par la présence d’un aérodrome à Malchamps, ce fait étant d’ailleurs relevé dans le permis cassé.
Après la réunion du gouvernement wallon le jeudi 21 février à Namur, une rencontre devait avoir lieu entre toutes les parties concernées à Namur, siège du gouvernement Wallon ce 26 février, mais les utilisateurs, signataires de la présente n’y ont pas été conviés, à l’opposé de la firme Spa Monopole et n’ont dès lors pas été en mesure de faire valoir leur point de vue. Le cabinet du Ministre du Budget A. Antoine a fait défection. Dans ces conditions, quelle marge de manœuvre existe-t-il encore pour une négociation, alors que c’est la seule voie digne et utile à suivre ?

Pour le RAPCS asbl : A. Demolin
Pour Skydive Spa : W. Delges
Pour les propriétaires d’avions : J. Scherrer

La position de Spadel

Dans un communiqué du 18/2/2013 Spadel a fait part de sa position sur le problème. Nous vous en proposons des extraits: « La position de Spadel en ce qui concerne l’aérodrome de Spa Malchamps a toujours été clairement communiquée aux parties prenantes : notre souhait est l’interdiction du survol de la Fagne de Malchamps (zone d’impluvium des eaux de Spa), afin d’éviter tout risque d’accident et de préserver ainsi l’écrin de pureté des Fagnes de Malchamps.
Nous confirmons notre volonté de discuter avec toutes les parties prenantes pour envisager l’avenir durable du site dans le respect du patrimoine hydrique mais tenons aussi à rappeler qu’il est important de respecter la Loi en la matière. Nous avons dû gérer 5 accidents depuis 1995 dans la zone d’impluvium qui représentaient un risque avéré de pollution irrémédiable de l’aquifère dans cette zone dont une partie est classée Natura 2000. Il faut savoir qu’une seule goutte de kérosène peut polluer 1.000 litres d’eau. Protéger les ressources naturelles, c’est non seulement préserver un patrimoine hydrique unique en Europe mais également pérenniser l’activité économique de Spadel ainsi que plus de 600 emplois directs et de nombreux emplois indirects dans la région de Spa…
Des alternatives existent pour tous les utilisateurs de l’aérodrome de Spa: le Laboru, Saint-Hubert, Temploux. De plus, Spadel s’est engagé auprès de la Région wallonne de cofinancer une étude de redéploiement du site de l’aérodrome… »

La position de la Ville de Spa

Interpellé au conseil communal de ce mardi 26/2 par le conseiller Luc Peeters, l’échevin Mathy et le bourgmestre Houssa ont précisé la position de la ville sur la fermeture de l’aérodrome.
La ville de Spa souhaite

  1. le maintien de l’aérodrome avec ses différentes activités et le respect par la Région Wallonne de ses engagements signés en 2003 pour une durée de 50 ans qui prévoyaient de maintenir et développer l’aérodrome en faisant appel au privé.
  2. que soit poursuivi l’assainissement des sols de l’aérodrome et que le site soit remis en état (élimination d’hydrocarbures). La SOAWER a prévu un budget 1,5 million pour assainir le site et procéder à l’égouttage de la piste.
  3. que le fonctionnement du plan d’urgence soit amélioré en se donnant les moyens techniques pour intervenir en fagne en cas d’accident. L’achat d’un engin sur chenilles est envisagé.

Qui gérera l’aérodrome ?

En 2003, le Gouvernement wallon a décidé de confier à la Sowaer la gestion des infrastructures des trois aérodromes publics: Saint-Hubert, Spa-La Sauvenière et
Cerfontaine. Sa stratégie est de procéder aux investissements nécessaires à la mise à niveau de ces installations par rapport aux exigences d’équipement et de sécurité (exemple constructions nouvelles « stations carburant », assainissement des anciens encuvements, etc) pour trouver ensuite des partenaires qui assureront leur gestion. Le projet actuel vise à ce que la gestion de l’aérodrome soit reprise par les utilisateurs (le Royal Aéro Para Club de Spa asbl et Skydive Spa (parachutisme). Ces derniers assumeraient la gestion de l’ensemble de l’aérodrome.
La Région pourrait mettre à disposition de l’aérodrome un petit nombre de membres du personnel durant une période limitée.
Notons que la société Héli & Co a déménagé sa flotte de 7 hélicoptères à Liège Airport. Il s’agit d’un départ définitif. Un hélicoptère devrait tout de même rester à Spa en cas de réouverture.
La question est également de savoir si l’équilibre financier pourra être atteint sans la construction des nouveaux hangars pour le parking d’avions, la maintenance et l’augmentation du nombre de mouvements d’avions.
Les infrastructures deviendraient la propriété de la ville de Spa en dédommagement de la cessation du bail par la Région. Elles seraient mises à disposition des utilisateurs (dans le cadre d’une relation propriétaire-locataire). Il n’est pas dans l’intention du collège communal d’intervenir financièrement dans le fonctionnement de l’aérodrome.

Un accord unanime

Tous les groupes politiques spadois ont manifesté leur intention de maintenir l’aérodrome et de trouver une solution au problème. « Osons Spa » ajoute cependant, à condition que le site soit assaini et que l’intervention financière de la ville soit nulle.

Quelques chiffres (selon L’avenir du 15/2/2013)

12 membres du Service Public de Wallonie qui gèrent l’aérodrome
28 personnes qui dépendent du « Skydive », centre de parachutisme, dont 20 indépendants, plus le personnel HORECA de la cafétéria
27 470 sauts en parachute en 2012
27 avions sont basés à l’aérodrome
18 500 mouvements d’avions en 2012

La pétition proposée contre la fermeture de l’aérodrome connaît un grand succès puisque plus de 8.271 personnes l’avaient signée le samedi 2 mars à 10h. Vous êtes nombreux à considérer que l’aérodrome fait partie de la vie spadoise. De même, vous comprenez peu la position très fermée de Spadel sur la survie de l’aérodrome alors que les conséquences des quelques accidents, qui ont eu lieu, ont été rapidement maîtrisées et que la présence de la route avec le passage de camions vous semble plus dangereuse.
Au moment où nous écrivons cet article, l’aérodrome est toujours fermé et la situation n’est pas débloquée. Des recours devant le Conseil d’Etat seront déposés par la SOAWER, de nouvelles réunions seront programmées et nous aurons probablement de nouvelles informations à vous proposer le mois prochain

Pol Jehin


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *