Buvez-vous du pouhon ?

Tout le monde sait que Spa doit sa renommée à ses eaux, c’est à dire à ses pouhons. Les personnalités qui fréquentaient notre ville y venaient pour y faire une cure de pouhon. D’autre part, le commerce des eaux de Spa était constitué à l’origine uniquement de bouteilles de Pouhon.

A l’heure actuelle, la mode a changé, l’eau de la Reine a la faveur et le pouhon n’est plus utilisé dans la cure thermale comme boisson. On s’en sert essentiellement dans les bains carbo-gazeux.

Pourtant, les Spadois sont encore très attachés à leurs fontaines et un certain nombre d’entre eux font du pouhon leur boisson quotidienne.

Ainsi, répondant à notre questionnaire, ces personnes déclarent boire en moyenne 6 litres de pouhon par semaine (1l par personne /semaine). L’une d’entre elles signale qu’elle ne boit que du pouhon et du lait semi-écrémé.

Cette habitude commence pour certaines dès l’enfance car les parents buvaient eux-mêmes du pouhon, ou dès leur arrivée à Spa : « il y a 7 ans, en juillet 81, le lendemain de mon arrivée à Spa », car « j’habitais à proximité de la source »

Comme Obelix, l’un de nos correspondants signale que dès le 1er âge, elle buvait des biberons de pouhon. Pour d’autres, il s’agit de poursuivre une cure médicale.

En 1915, à la sortie des écoles, les jeunes spadois allaient faire le plein de pouhon.

En 1915, à la sortie des écoles, les jeunes spadois allaient faire le plein de pouhon.

Les Sources du Tonnelet et du Groesbeek semblent avoir la faveur de nos « buveurs de pouhon », Le Condé et Pierre-le-Grand sont moins utilisés par les amateurs spadois qui ont bien voulu répondre à notre questionnaire. La grande majorité regrette le pouhon de Barisart car « il était meilleurs », « se conservait mieux », « il pétillait plus ».

Ces personnes attendent avec impatience que l’on restaure la source de Barisart.

« Nous nous approvisionnions à la source de Barisart jusqu’à sa disparition, puis à la Sauvenière et Groesbeek. Depuis sa restauration au Tonnelet, quelques fois au Condé. »

Pourquoi boit-on du pouhon ?

C’est d’abord pour son goût que l’on boit du pouhon, mais aussi pour sa gratuité (ça ne coûte rien), car cela est bon pour la santé et pour des raisons médicales. Une lectrice nous signale que le pouhon est très bon « comme prévention des affections respiratoires, en cure intensive en cas de rhume. J’ai déjà suivi une cure d’inhalation de pouhon (aux Bains). C’est extra ! Pourtant, ce traitement est peu prescrit par les médecins ! »

Une dame nous écrit qu’au moment où elle allaitait son enfant, elle a constaté une augmentation de la production lactée après avoir bu du pouhon. « Le bébé boit maintenant le pouhon au biberon avec force grimace ! »

On utilise des bouteilles en plastique (1,5l), des bouteilles de Spa-Monopole en verre, d’anciennes bouteilles de jus de fruit : une revanche en quelque sorte sur la grande production industrielle d’eau de source! Ces bouteilles sont gardées à la cave ou mises au frigo de 2 à 7 jours.

Nous avons vu plusieurs personnes habitant à Bruxelles, Charleroi, Liège s’approvisionner à nos fontaines et remplir de très nombreuses bouteilles qu’ils conservent durant une dizaine de jours, nous dirent- ils.

A l’exception du problème de Barisart, les Spadois sont en général satisfaits de l’aménagement des sources. Ils font cependant quelques suggestions :

– placer des poubelles à proximité des sources (pour recevoir les gobelets, bouteilles vides… )
– assurer la gratuité de tous les pouhons
– une meilleure information des touristes sur la qualité des pouhons
– dégager l’accès en temps de gel (plaques de glace et de neige)
– améliorer l’écoulement des pouhons Pia, Delcor et d’autres petites sources connues.

Le pouhon est bu nature, parfois avec de la grenadine, peu de recettes particulières nous ont été proposées à l’exception des bouquettes. Un autre lecteur nous signale que lorsqu’on mange du poisson, le pouhon en renforce le goût.

Pour conclure, nous dirons que ces Spadois aiment cette eau (au goût bizarre pour l’étranger), qu’elle contribue à les maintenir en bonne santé.

Pour vivre vieux et en pleine forme, buvez-donc du Pouhon, faites-le aussi aimer à vos enfants.

Pol Jehin.



Le pouhon, une boisson salutaire pour les Spadois pendant la guerre !

Dès le début de la guerre 40-45, comme lors de tous les conflits, la nourriture se fit plus rare et bien des denrées disparurent de la circulation pour plus de cinq ans. Chacun devait essayer de se débrouiller de son mieux. On faisait des jardins et on plantait des pommes de terre; on élevait des poules et des lapins; on allait à la cueillette des fruits sauvages et on parcourait les villages à la recherche de quelques victuailles.

Mais dans tout ce contexte de vie et dans ces circonstances, les Spadois avaient une chance toute particulière. Ils possédaient des sources d’eau ferrugineuse et ils en avaient conscience.

Très vite, une grande partie de la population se mit à consommer journellement du pouhon car le fer qu’il contient constituait un précieux appoint pour lutter contre l’anémie et la faiblesse.

En 1915, à la sortie des écoles, les jeunes spadois allaient faire le plein de pouhon.

Les médecins de l’époque en recommandaient tout particulièrement l’usage à leurs patients.

Les familles, les établissements hospitaliers, toutes les communautés religieuses ou autres, s’organisèrent pour la corvée « pouhon ».

Les uns venaient avec des cruches émaillées ou galvanisées, d’autres avec des récipients en terre cuite ou encore avec des bouteilles de Spa-Monopole.

Les deux communautés des Filles de la Croix tant à la Maison de Repos St Charles qu’à l’Institut St Michel venaient chercher le pouhon dans de grandes cruches à lait que l’on transportait sur de petites charrettes en bois tirées et poussées respectivement par de vieux pensionnaires ou par des jeunes filles de chacun des établissements hospitaliers. Le Foyer de l’Enfance venait également avec de grandes cruches portées par des membres du personnel ou par des aînés.

Tous ces récipients utilisés pour le transport journalier du pouhon se recouvraient très vite d’une pellicule de fer particulièrement adhésive si bien qu’ils ne pouvaient jamais plus servir à d’autres usages. Le pouhon ne pouvait pas se conserver très longtemps; environ deux jours, à condition d’être placé au frais, en général dans une cave car les frigos ménagers n’existaient pas en ce temps-là.

Certains jours, en fin de matinée, l’affluence était telle à la source extérieure du pouhon Pierre-le-Grand qu’il fallait faire une longue file comme pour le ravitaillement. Il arrivait aussi qu’une personne un peu trop pressée venait semer la perturbation dans le bon déroulement des opérations.

Par ailleurs, il est intéressant de noter que le pouhon servait parfois à la préparation de certains aliments et notamment à la confection de pains ou de crêpes où on le mélangeait avec de la farine de seigle ou d’avoine, du son, du lait écrémé et d’autres ingrédients de fortune !

Cette coutume de consommer régulièrement du pouhon se poursuivit encore après la guerre jusqu’au début des années 50; puis elle disparut progressivement par suite de l’arrivée d’autres produits tels que les limonades, les bières de table, les eaux minérales en bouteilles et autres.

André Bouchoms.


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